
LE RAP AUX SONORITÉS ORIENTALES
Ecrit par Daisy Boyer, 2020
Entre changement politique, conflit de religion et censure médiatique le rap trouve difficilement sa place. L’art est sous représenté.
Le rap est jugé comme s’opposant aux mœurs du pays et incitant à la délinquance. Il n’existe que deux voix : celle des études et celle de la rue où les gens sont rejetés par la société. Le Maroc est un pays en fragilité économique et cette précarité laisse peu de chose auxquelles se raccrocher. Mais certains ont cette volonté de se défaire des carcans et de s’exprimer au-delà de la censure et du contrôle politique et religieux à travers la musique.
Malgré la non-existence d’industries musicales, quelques artistes ont réussi à faire naître leur musique. Le rap marocain à la particularité de jouer avec les mots pour en faire de la poésie. Les mots et leur sens ont une grande importance, cela fait partie des traditions populaires. Loin de la censure, le rap autorise les jeunes à s’exprimer librement. Il profite de cette voix pour traiter les sujets tabous de la société comme la corruption, les répressions sexuelles, les violences faites aux femmes, l’homosexualité, le chômage ou encore la pauvreté. Cependant, même si le gouvernement laisse un accès à ce genre d’expressions artistiques, il n’en reste pas moins attentif et juge cette pratique perverse.
Je me suis donc intéressées à ces jeunes artistes qui ont réussi à se défaire des répressions religieuses et politiques et vivre de leur art. Evidement sans industries musicales il a fallu à ses artistes beaucoup de courage et de soutien pour se construire de manière indépendante.
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C’est dans la ville de Safi au Maroc que l’histoire commence pour deux jeunes artistes, Shobee et Small X qui créent le groupe Shayfeen. Entre doute, combat et dilemme, ces deux artistes ont tout mis en place pour se faire entendre et se crédibiliser aux yeux du public, leur volonté étant de devenir l’un des meilleurs groupes mondiaux ou du moins marocains. Pour cela, ils ont dus traverser la méditerranée et se rendre en France. Le collectif Naar s’est créé en parallèle avec la volonté d’exporter les rappeurs marocains les plus prometteurs de l’autre côté de la méditerranée pour gagner en visibilité et réussir à décrocher des contrats, des collaborations avec d’autres artistes et ainsi élargir le public. L’objectif semble atteint pour le groupe Shayfeen qui devient le précurseur de la trap marocaine avec leur mixtape 3310. D’autres artistes tout aussi talentueux ont suivi le pas notamment Madd, petit frère d’un des membres du groupe Shobee.
Pour plus d’information, un documentaire a été réalisé du nom de wa drari qui explique l’univers dans lequel il évolue.
Septembre 2019 le collectif Naar, le temps d’un album du nom de SAFAR, rassemble des artistes marocains, français, italiens et grecques mélangeant ainsi des sonorités et des cultures aux influences riches et diverses.
El grande Toto autre artiste marocain influant de 24 ans, originaire de Casablanca, est jugé comme symbole de la délinquance dans son pays d’origine. Il a réussi à créer sa place dans le paysage musical Français mais aussi Marocain. Il compte déjà plusieurs projets à son actif dont BNJ CITY BLOCK, Caméléon et Illicite. Il a l’envie de bouger les choses et de faire avancer l’univers musical marocain.


Aujourd’hui, de nombreux artistes ont réussi à s’exporter au-delà de leur pays pour pouvoir gagner en notoriété et visibilité. On retrouve notamment un certain nombre d’influences orientales que ce soit dans la musique mais aussi dans les visuels de différents artistes. La vibe marocaine est maintenant bien ancrée dans le paysage musical pas seulement en France mais également aux Etats-Unis.
Les américains reprennent des samples et s’inspirent de l’esthétique. On retrouve beaucoup d’images du Moyen Orient avec notamment ces images dites clichées de la culture orientale à travers les clips (les qataries, les uniformes, les voitures, les paysages etc…).
Avec les réseaux, il est de plus en plus facile d’influencer et de s’influencer des autres pays et des richesses artistiques qu’ils proposent. On parle des influences UK, des influences latines et maintenant des influences orientales. On peut retrouver ses influences à travers différents supports qu’ils s’agissent de la musique ou de la mode.
Ce qu’il faut retenir c’est qu’il est important de garder les oreilles bien ouvertes aux sonorités, aux influences stylistiques et artistiques des autres pays car il existe tant de richesses artistiques encore trop sous cotés et à découvrir !.
